Pendant mon séjour à Champéry et pour mon premier jour à randonner sur le Tour des Dents Blanches, j’ai eu la grande chance d’approcher ceux qui, à une certaine époque, étaient connus pour être les contrebandiers. Ce sont aussi ces personnages de l’histoire de la frontière franco-suisse qui ont participé à sceller une belle amitié entre ces 2 régions de montagne.

Ils ont accepté de me raconter leurs aventures de l’époque ou pour certains, être les rapporteurs d’une histoire révolue, mais qui reste gravée dans tous les cœurs de la région.

Découvrez-les, ces personnages attachants, écoutez leurs histoires, laissez-moi vous transporter dans les aventures d’Hommes qui cherchaient à survivre par delà les risques et dans des situations extrêmes.

Les Contrebandiers : un peu d’histoire

La contrebande de la France vers les pays frontaliers, dont la Suisse, ne date pas d’hier. Entre la France et la Suisse, déjà au 18ème siècle, à l’époque de la Gabelle (impôt sur le sel), les contrebandiers allaient chercher cette matière, à l’époque si précieuse, du côté du Valais en Suisse. En effet, elle y valait 3x moins qu’en France à ce moment de notre histoire.

Et d’ailleurs, c’est bien pour cela que les douaniers français étaient surnommés les « Gabelous« . C’est le nom que l’on donnait à ceux qui récoltaient la taxe à l’époque du moyen âge en France.

Les Contrebandiers - Panneau d'interprétation de La Vieille Douane 1
Les Contrebandiers - Panneau d'interprétation de La Vieille Douane

Entre la France et la Suisse, Napoléon III a aussi mis son grain de sel… En effet, au milieu du 19ème, il annexait la Vallée d’Illiez (là même où se trouve Champéry en Suisse) et la Savoie pour qu’en 1860, il rassemble ces 2 communes pour n’en faire qu’une seule. Cela durera jusqu’en 1923 ! Alors pensez-vous bien que pendant toutes ces années, les échanges et les relations entre les 2 côtés de la montagne s’étaient multipliés et avaient rapproché leurs habitants. Difficile de changer d’habitude par la suite !

Évidemment, il y eut aussi les nécessités provoquées par la guerre. Non seulement les contrebandiers ramenaient des vivres pour aider à la survie des populations, mais bien entendu ce sont aussi les humains qui trouvaient parfois leur salut à passer en Suisse, sous la menace du nazisme pour les juifs ou les résistants.

« Au départ, les douaniers français, venus pour la plupart de Dunkerque ou de Corse, étaient complètement dépassés. »

Jusque dans les années 1950, la contrebande se fait plutôt à pied et puis très vite, bien avant l’avènement des stations touristiques que l’on connaît aujourd’hui, les contrebandiers mirent les skis aux pieds. Monter en peau de phoque était plus facile en hiver et pour descendre cela leur permettait d’aller beaucoup plus vite évidemment. Pouvez-vous imaginer les dangers qu’ils encouraient, allant skis aux pieds, de nuit, dévaler la montagne !? De véritables aventuriers !

Au départ, les douaniers français, venus pour la plupart de Dunkerque ou de Corse, étaient complètement dépassés. Et puis, la fameuse « Ecole de Ski Français » fut créée, au tout début pour les entrainer à poursuivre les contrebandiers ! Jusqu’en 2009 et la fermeture des douanes de Chatel, ils en profitèrent aussi pour sortir les plus grands champions français de skis alpins.

Le Tour des Dents Blanches : histoire de rencontres

Le sentier des Contrebandiers

Pendant mon séjour, organisé par l’Association du Tour des Dents Blanches, je partais pour 6 jours entre la France et la Suisse sur ces fameux sentiers empruntés à une époque par les Contrebandiers.

Pour mon premier jour, je partais du plateau de Barmaz, accompagné de Fernand, personnage attachant, aventurier et mémoire locale, sur les traces de ces passeurs d’un autre temps. Nous passerions le col de Cou, où le dernier bureau de douane surveille encore malgré lui les montagnes environnantes, et nous irions ensemble jusqu’au Refuge de Chardonnière, côté français, pour participer à la rencontre annuelle des amis du Tour des Dents Blanches.

Les Contrebandiers - Sentier vers le col de Cou - vue sur le bureau de douane

Pendant un après-midi au soleil, cette rencontre franco-suisse m’a permis de faire la rencontre des derniers contrebandiers encore en vie. Fernand m’a nourri d’histoires du Valais pendant tout le chemin et puis Louis et Léon m’ont raconté leurs aventures de l’époque. « Aventure » n’est pas ici un vain mot. Si vous connaissez la montagne, imaginer les Contrebandiers, à pied ou à skis, de nuit, en plein hiver ramenant tout sur leur dos… Incroyable !

Mis à part en photo, Léon n’a pas voulu me prêter son image. En revanche Fernand et Louis ont accepté de répondre à mes questions. Vous les retrouverez en interview vidéo juste dessous.

Les Contrebandiers : portrait d’aventuriers

Fernand est Accompagnateur en montagne, guide.

Il a été l’un de ceux qui ont participé à la création du Tour des Dents Blanches. Il a disposé lui-même une bonne partie des signes et panneaux indicateurs du trek. Avec une équipe, c’est lui qui a posé les fameuses « échelles » qui m’ont donné tant de sensations.

Il a aussi créé (et posé) la via ferrata de Champéry et il est l’initiateur des premiers VTT de descente dans la la Vallée d’Illiez.

Fernand est la mémoire de la vallée et un sacré aventurier à la force tranquille.

Fernand

Guide et aventurier, Tour des Dents Blanches

Louis est l’enfant du pays et toujours un vrai jeune homme tout sourire.

Pendant sa vie dans la Vallée, il a fait tous les métiers, tour à tour « domestique » (comme il le dit), berger, fromager, il a même tenu l’une des premières remontées mécaniques de la région. Pendant la période d’après-guerre, il s’est tenté à la contrebande « pour le jeu ». Mais il n’a pas fait carrière et a très vite arrêté après avoir passé quelques moutons et des chèvres, conscient des grands risques qu’ils encourait.

Aujourd’hui, à plus de 80 ans, Louis est un peu la « mascotte » du village. Sans être péjoratif, bien au contraire, car Louis est le bénévole n°1 de Champéry et participe à tous les évènements ! Une pile à énergie positive.

Louis

Enfant du pays - Bénévole n°1, Vallée d'Illiez

A plus de 90 ans, Léon est le tout dernier contrebandier de Morzine en France.

Avec tant d’aventures à son actif, Léon est venu fêter une nouvelle fois le Tour des Dents Blanches cette année lors de la rencontre annuelle. Bien qu’il soit certainement l’un des derniers grands aventuriers de ce temps-là, il reste timide et réservé sur cette époque.

Il m’a tout de même soufflé qu’il avait déjà marché de Morzine jusqu’à Champéry : un aller-retour dans la journée, de nuit (30-40kms), en hiver, peau de phoque pour monter et ski pour descendre !

A l’époque de la contrebande, il a passé 7 fois des chèvres, 1 fois 500 pièces d’or dans un gilet de chasseur qu’on lui avait fourni et au moins une fois 50 moutons d’un coup en passant un col… de nuit ! Ses 2 frères ont passé 6 mois en prison pour contrebande. Lui a su arrêter au bon moment.

Léon

Le dernier contrebandier de Morzine

Pour aller plus loin sur les Contrebandiers

Le Tour des Dents Blanches

Si parcourir ce sentier des contrebandiers vous intéresse, rendez-vous sur le site du Tour des Dents Blanches où vous trouverez toutes les informations qu’il vous faut. Dès la semaine prochaine, vous trouverez aussi toutes les infos sur le blog dans un article détaillé !

En résumé, c’est une randonnée de 44 kms autour du massif des Dents Blanches (4400m de dénivelé +- ) où vous traverserez les frontières françaises et suisses. Vous aurez l’occasion de côtoyer les gardiens parmi les 10 refuges du parcours et en apprendrez plus sur ces régions et leur histoire.

Les Contrebandiers - Devant une vue fantastique des Dents du Midi

Au départ, l’Association des Dents Blanches a été créée pour permettre aux gardiens des refuges des 2 pays de se rencontrer autour d’un projet de parcours dessiné par les contrebandiers (et les douaniers) dans le même état d’esprit que celui qui réunit cette équipe franco-suisse chaque année. C’est une belle réussite !

Le parcours d’interprétation du Plateau de Barmaz

Hormis ce trek itinérant, si la contrebande et la vie des habitants du Valais vous intéresse, Fernand vous propose un parcours d’interprétation composé d’une dizaine de panneaux explicatifs tout au long d’une petite balade d’1 heure sur le Plateau de Barmaz.

Rendez-vous à Champéry en Suisse: Vous pourrez séjourner au Petit Baroudeur Backpacker si vous le souhaitez et surtout rencontrer Catherine, adorable actrice engagée de cette association qui pourra vous aiguiller. L’Office de Tourisme de Champéry pourra aussi vous renseigner si besoin.

Les Contrebandiers - Après le col de la Pointe Droite - Tour des Dents Blanches

Du centre de Champéry, le plateau de Barmaz est à 30min environ. C’est le départ de nombreuses balades et un passage obligé du fameux Tour des Dents Blanches ! Si dormir ou déjeuner dans l’alpage vous séduit bien, Olivier, un vosgien installé en Suisse vous accueillera à la Cantine de Barmaz, magnifique auberge/restaurant au pied des montagnes

La Vieille Douane de Châtel

Champéry est seulement à 30-40 min de la petite ville française de Châtel.

A Châtel, La Vieille Douane, Centre d’Interprétation de la Contrebande en Montagne est l’incontournable visite pour en savoir plus sur les Contrebandiers, mais aussi la vie des Douaniers de l’époque. Ce petit musée installé dans l’ancien bâtiment de la douane française, à la frontière avec la Suisse, vous donnera toutes les clés pour bien comprendre ce qu’était la contrebande dans ces montagnes des Alpes.

Tarifs :

Enfant (8-15ans) : 3€, gratuit jusqu’à 7 ans.
> Adulte : 4€
> supplément pour visite guidée : 2€/ adulte
> Entrée famille : 12€ (2 adultes+ 2 à 4 enfants)

Tarif réduit : 3 € (handicapé, étudiant, demandeur d’emploi, carte sociétaire Crédit Agricole)

Groupes sur réservation (min.10 pers) : 3€ adulte ou enfant.

N’hésitez pas à prendre l’audio guide ! Aussi bien pour les adultes que pour les enfants, cela dynamise vraiment la visite.

Les Contrebandiers - La Vieille Douane - Châtel

 


Quel bonheur d’avoir profité de mon tour de France 2017 pour aller rendre visite à nos voisins suisses et aussi mieux faire connaissance de notre histoire commune !

Outre la contrebande et les contrebandiers, ce que j’ai découvert est avant tout une belle aventure liée par de grandes amitiés !

Le Tour des Dents Blanches en est un exemple parmi d’autres: savez-vous que les « Portes du Soleil » qui rassemble les stations de ski françaises et suisses sous un même pavillon est le résultat direct de ce qui résulte de la contrebande de l’époque, des liens très forts ?

Et cette association est une nouvelle fois à cette image, l’objectif premier ayant été dès le départ de créer plus de liens entre les différents refuges de montagne et leurs gardiens : chouette projet !

Un grand merci à l’Association du Tour des Dents Blanches de m’avoir permis de mener ce projet et toute mon amitié particulière à Fernand et Louis, mes 2 adorables guides dans ces méandres de la contrebande franco-suisse !

Les Contrebandiers - Fanfare du Tour des Dents Blanches

 


*Séjour organisé avec l’Association du Tour des Dents Blanches. Mon avis reste totalement indépendant.


Benoît Richer

Blogueur Photographe Voyageur, je voyage, je m'aventure et je partage. J'espère que vous aurez envie de vous étonner avec moi, commenter et me faire part de vos ressentis !
L'histoire des Contrebandiers vous fascine ? Passionné(e)s de randonnée et le du Tour des Dents Blanches vous est inconnu !? Ce reportage est fait pour vous !

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Colombie - Parc de Tayrona

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Je t'emmène en voyage !?

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