Une touriste à Cuba

La nuit est tombée depuis peu, et avec elle, le silence, enfin. Dans ce pays des Caraïbes où le crépuscule n’existe pas, il n’y a pas non plus de demi-mesure. Il est à peine 20 heures, je marche à tâtons, à l’affut des sensations de mes pieds sur le sol, attentive à rester sur le chemin tracé qui doit me conduire jusqu’à la casa*.

J’avais vécu ma première semaine cubaine au son du vrombissement et des klaxons de voitures antiques qui soulevaient des montagnes de poussière sur leur passage. Je ne faisais pas trois mètres sans que l’on m’affuble du sobriquet « taxi », terme qui s’apparentait alors selon moi beaucoup plus à celui de « porte-monnaie » qu’à celui de véhicule. J’étais éreintée et n’aspirais déjà plus qu’à quiétude et solitude.

il avait rencontré des Cubains avec qui il avait eu des échanges sincères

Pour toutes ces raisons, Benoît m’avait proposé de retourner dans ce qu’il appelait « son petit coin de paradis », village où il avait passé la semaine précédant mon arrivée. Rancho Luna disposait d’un centre de plongée, et on lui avait de surcroît fortement déconseillé l’endroit, réputé d’un ennui mortel. Cela lui faisait deux bonnes raisons de s’y rendre. Là-bas, loin des touristes, il avait rencontré des Cubains avec qui il avait eu des échanges sincères, m’avait-il expliqué, et j’avais hâte de pouvoir rencontrer ces gens.

Je longe à présent la mer et cale ma cadence sur celle des vagues. A l’angle de l’immeuble animé un peu plus loin, je prendrai à droite, vers la terre. Je ne souhaite pas passer devant ce petit hôtel prisé des Cubains, car je n’y suis pas la bienvenue. Les prix sont ici vingt-cinq fois plus chers pour moi que pour les autres, et l’on refuse même de m’y vendre « el tabacco del pueblo », le tabac du peuple. Il est communément admis qu’il me faille souscrire aux services personnalisés du rabatteur de jour, qui me vendra le cigare pour la modique somme de 4 euros (contre 1 peso cubain soit 0,04 centimes d’euro pour eux). Ici comme dans beaucoup d’autres endroits à Cuba, j’ai une étiquette « touriste étranger », il est donc exclu que je puisse vivre mon séjour à la locale.

 

Une touriste à Cuba - Rancho Luna

 

Je trace ma route en direction de la casa de José et Oliva, nos hôtes si accueillants. Là-bas, je suis à l’abri des discriminations. Ce sont des gens honnêtes et gentils, avec qui nous partageons le repas le soir. Je ne parviens cependant pas à ignorer ce sentiment désagréable qui m’habite, un sentiment de jugement, de mépris des gens à mon égard. Cela s’apparente-il à du racisme ou de la haine ? Les choses ne sont certainement pas si simples dans ce pays si complexe. Que les laisse-t-on connaître de moi ? Que disent leurs programmes scolaires ? Je suis une touriste qui vient de l’autre côté de la planète alors qu’eux ne touchent pas même l’espoir de prendre un avion. Je suis le reflet de l’ennemi capitaliste et en même temps le modèle d’abo

ndance dont ils ont toujours rêvé. Alors après tout, peu importe qui d’eux ou de moi est placé sur le pied d’estal, comment peuvent-ils me considérer comme leur égale ?

Une touriste à Cuba - Récit de voyage

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Pour voir le 1er article publié sur Cuba, cliquez ici.

*casa = maison en espagnol, mais sur Cuba, on appelera communément « casa » l’hôtel particulier ou la chambre chez l’habitant.

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Chloé Beaudet

Écrivaine sensible, Chloé est une aventurière petit format. Elle aime à partager ses aventures à travers des récits de voyages d'une plume virevoltante et romanesque.

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